C'est juste une ferme avec quatre murs, une cour et un toit. Juste une ferme qui change de main et qui passe de l'autre côté, un côté où je ne pourrai plus aller. C'est l'endroit où je passais des journées au ralenti, au lendemain de nuits blanches, au ralenti où je rejouais les premiers amours, les amis, la joie d'être vivant et entouré. Souvent ensuite venaient la fin de l'excitation et l'amortissement des vagues. L'humeur changeait mais la chambre était la mienne alors j'attendais juste un nouvel élan. Un nouvel élan que je venais aussi chercher là, où j'encadrais parfaitement nord, sud, ouest, est, quand j'avais parcouru un peu trop de route, quand les villes et les pays m'ennuyaient. Je parlais aux murs qui ne me répondaient pas mais m'écoutaient, puisque je continuais jusqu'à ce que je puisse repartir. Après le portail, on trouve la cour dont le barycentre était marqué d'un pavé de Belgique et en contre bas, un carré d'herbe. Un des murs le longeant s'est un jour écroulé et de là, on voit maintenant à perte de vue, les prés, les bois, la vallée, les monts, l'océan et l'Amérique les jours de beau temps. C'est donc juste une ferme et j'ai peu de regrets à la quitter, puisque c'est juste dix ans de bouquins et de lumières dans la plaine.
De retour à Paris: le temps de créer des petites cases pour "New York - souvenirs", le temps de créer des petites cases pour "New York - à venir", le temps d'adapter le rythme américain à celui de la vieille Europe et j'aurai peut-être enfin quelque chose d'autre à raconter et à écrire que des fantômes d'amourette sur ces pages. En attendant, je me contenterai d'un morceau ou deux.
Cette ville n'est plus la mienne et où le soleil se couche se lèvent des bâtiments que je n'ai pas vécu, comme le tramway devant lequel je traverse sans trop y faire attention. La chanson dit la fin d'une histoire d'amour qui n'a jamais été mienne, celles que je termine sont plus cachées et moins violentes - pas de témoin. Alors je mets tout ça ensemble, c'est très court, pas plus de deux minutes et j'enterre les femmes et les rues dans ce que je sais très bien faire: m'asseoir sur le parvis d'une gare et attendre.
C'est une simple image, sur le rétroviseur de la voiture et il y a de la musique et il y a la route. Music on the road reprend le principe de la chanson du jour, et commence avec une belle vie, de Gui Borrato.