Quitter Paris : toujours essentiel à la fin des saisons. Soit on les finit à bout de course, le souffle court, brisé par le rythme de la ville inhumaine et dense, et la perspective du départ sonne comme une ligne morte, avant quoi il faut s'achever. Le train est une délivrance, un havre de paix et on laisse derrière soi tout ce qui n'allait pas – ou trop vite. Soit, parfois le printemps, on a réussi à calmer le temps les jours avant, je regarde parfois le ciel en pensant à celui qui m'attend ailleurs et il me reste quelques heures à brûler avant d'entrer en gare, je profite d'une terrasse et d'un demi, en lisant un livre ou simplement en regardant les jolies filles à la mode parisienne, en face du parvis de la gare de Lyon.
Lyon
Arrivée en ville, que j'ai peu connue plus jeune sans jamais y vivre. Je dois m'habituer à des distributeurs automatiques, des affichages et des tickets différents. En attendant le métro, puis en embarquant, je ne sais pas si j'enfreins, contrarie ou respecte les habitudes des locaux. On parle ici français mais je porte la même impression de timidité qui s'empare de moi quand je débarque à l'étranger.
Saint-Etienne
Une fois de plus, je suis surpris de voir la gare rénovée de ce qui fût et restera ma ville (les travaux ont commencé quand j'ai quitté les lieux). Alors je prends ce tramway qui remonte vers le centre à contre-sens. Les étudiants qui sortent de mes anciennes portes me paraissent si jeunes. On s'en fout, je continue sans nostalgie, un peu plus loin où la ville était grise avant, les sandwichs peu cher et le pastis aussi.
La sensation d'espace qui m'attrape dès que je mets le pied au sol m'enivre. La prochaine limite n'est pas un mur. A la
cité du design, dans les anciens murs d'une industrie d'armement, j'aperçois cette culture qui s'empare d'un lieu abandonné ou inutile, telle qu'on la voit dans les villes qui se métamorphosent ou dans les pays où la jeunesse prend encore un peu de place. Les cloisons parisiennes entre les lieux et les gens sont trop épaisses, à tel point qu'elles s'élèvent même entre les habitants, pense-je.
Home
Chez moi, je tire aux flèches, je nourris les chevaux, je joue aux cartes, j'ai froid en dormant, je ne vois pas de ciel orangé quand je lève les yeux la nuit, mon téléphone ne capte pas, je pense à une jolie blonde, à une jolie brune, je fais la sieste pendant plusieurs jours.
Roanne
Je prends un train de retour à Roanne, un lundi matin avec la plupart des lycéens qui arrivent depuis leurs villages, tôt pour leurs internats. Des conversations stupides mais du bruit et de la vie : cela me suffit.
Vichy
En rentrant par les trains de campagne à travers le centre de la France, en évitant les trains à grande vitesse, on prend le temps de revenir. A la correspondance, j'achète un libé et un café, ce qui n'est pas dans mes habitudes parisiennes. Plus de lycéens mais quelques étudiants et militaires, des mères célibataires et des hommes en costumes, derniers visages avant départ et retour.
Paris
On passe la gare de Fontainebleau, puis celle de Melun, j'entends déjà la ville. Au premier pied sur le quai, les pas se font rapides, il est temps d'arriver. Au contraire, ce matin, je ralentis, je traverse la Seine en face de la gare d'Austerlitz, le vent dans les cheveux. Il me reste quelques mètres pour m'habituer à une ville qui m'empoisonne et me nourrit.