Tuesday, February 12, 2008

In_Berlin - day one

A mon tour, Berlin est à moi seul. Arrivé dans l'après-midi, déjà à la tombée de la nuit, j'ai pris le premier train pour la ville et j'essaie de me diriger vers Prenzlauer Berg où le premier hôtel du séjour se situe, sur la Schönhauser Allee. Les premières impressions sont celles que j'attendais. Au départ de l'aéroport, quelques maisons de type banlieue nordique, toutes similaires et aux grandes baies vitrées. Nous rentrons dans l'agglomération berlinoise. La vue est hallucinante. Des immeubles spartiates à perte de vue. Nous sommes dans l'ancien Berlin-Est entre les stations OstKreuze et Alexander Plads et j'aperçois au loin des tours de la même architecture que celles qui me font face. On dirait la banlieue parisienne, avec les berlines sur les parkings, la propreté évidente et les arbres splendides entre chaque immeuble. Cela ressemble au projet que Le Corbusier avait pour Paris. L'uniformité de l'habitation pour l'égalité des habitants ? Ma première rencontre avec le communisme est surréaliste.

Je sors du train à Alexander Plads Station, un nom mythique dont j'ignore tout, de l'histoire et de sa vie. Le ticket est valable deux heures, je me permets de sortir de la gare, juste pour voir. Avant même de sortir de la porte, je vois, énorme, le pied d'un pylône en face de moi. En m'avançant, ce pied grandit jusqu'à devenir une tour de près de trois cent soixante mètres de haut, la Fernsehetur. Impressionnant. Dans la nuit qui tombe, les autres bâtiments présentent peu d'intérêt, à part deux clochers de briques rouges qui dénotent foutrement de ce mât. Je retourne attraper mon métro.

Alcatraz est une auberge de jeunesse typique, seuls les dortoirs aménagés dans ce qui ressemblent à d'anciens appartements sortent de l'ordinaire. Je croise un couple d'américains, puis deux françaises. Everything remains the same, toujours, everywhere.

Une fois installé, je m'arme de quelques euros et je m'en vais voler de bar en bar. Je descends la Schönhauser Allee vers le sud, bifurque sur la Dantziger Strasse, les rues et avenues ressemblent à s'y méprendre à celles de Copenhague, en plus bordélique et les pistes cyclables un peu plus floues. Les mêmes grandes dalles entourés de petit pavés comme colonne vertébrale des trottoirs, les mêmes immeubles d'habitation de brique rouge, avec les escaliers qui mènent au rez-de-chaussée, ou à l'inverse, descendent vers les boutiques situées dans les caves. Je continue et je tombe sans chercher sur la KulturBrauerei, ancienne brasserie construite à la fin du XIXe siècle et destinée, depuis la réunification, à un vaste complexe culturel. Une fois la porte franchie, me voilà dans une cité hors du temps, les murs, tous et intégralement rouges, nous isolent du reste de Berlin. Je ne sais absolument pas qui a créé cet endroit, bâti cet univers mais en arpentant les pavés irréguliers de la cour intérieure, j'ai une impression d'ailleurs et d'unité. Ici une discothèque, là un café, autre part un cinéma ou un théâtre. Peu de monde à cette heure, je rentre dans un bar, un groupe finit la balance sur scène et la salle est vide. Je reviendrai plus tard, l'endroit me paraît idéal pour la fin de soirée. Je sors de la brasserie et continue vers la Kollwill Platz, en fait le tour. Elle est supposée être le centre névralgique de la vie nocturne du quartier. C'est calme. Trop calme. Il doit être trop tôt. Berlinois, il est l'heure ! Sortez ! Je suis là et je vous attends !

J'arpente les rues aux alentours, les explore, je reviens sur mes pas, une fois, deux fois, j'aime déjà Prenzlauer Berg. Beaucoup de restaurants – bars aux cuisines étrangères, qui un grec, qui un italien, qui un sud-américain. Un seul paraît rempli, qui affiche en grandes lettres rouges « AMERICAN BAR ». Les plats affichés sont tex-mex. Non merci, j'en reviens à peine. Enfin, un bar sympathique et pas vide, qui annonce la retransmission de Suède – Allemagne, comptant pour l'Euro 2008 de handball. Ca me va. Je tombe sur la fin du match de la France, apparemment en roue libre depuis la qualification acquise pour les demies-finales. Quelques superbes blondes rentrent et Suède – Allemagne débute en même temps que je commence ces lignes. Je suis bien – une première pinte, puis une seconde. Comme à chaque fois que je mate ce sport, je pense à A, la seule fille ayant jamais évolué en seconde division nationale danoise et portugaise dans l'ensemble de sa carrière. Une splendide blonde, encore, semble être suédoise, au vu de ses réactions à chaque but guld og blå. C'est absolument le genre de fille que je sais m'être inaccessible, c'est pourquoi je ne sais pas quoi répondre quand elle m'adresse la parole, en suédois, lorqu'elle s'aperçoit que j'ai aussi un penchant pour l'équipe scandinave. Je pique du nez vers ma bière pour m'échapper. Enfin, je prends un café car je sais avoir besoin d'énergie et je m'éclipse du bar à la mi-temps.

Je retourne sur la KollWitz Platz et me retrouve un peu plus loin dans un bar à la musique de merde, disco des années 2000, je ne sais plus. La machine à jouer affiche un MEXICO du plus bel effet, alors je me décide pour une Corona, dont le croissant de citron est jaune, quelle faute de goût. Le bar en lui-même a peu d'intérêt, la décoration essaie tant bien que mal de ressembler à quelque chose de tropical, la seule réussite est l'épaisse couche de sable que l'on foule des pieds, partout dans le bar. Le choix de rhums et téquilas est tout de même impressionnant. J'accroche du regard un distributeur de cigarettes, je compte ma ferraille. Fumer une cigarette dans un bar est désormais à Paris un plaisir impossible et si ma consommation mensuelle a toujours été proche de l'unité, j'éprouve un réel plaisir à m'en griller une. Ce qui me gêne dans cette tendance en Europe à prohiber la cigarette, c'est son irréversibilité. Jamais plus, je ne m'en allumerai une en France (oui, il me faut des bières pour fumer, donc être dans un bar). Quand je me demande ce que je fais dans ce bar, je me décide à quitter l'endroit en en voyant le nom du sponsor en gros sur les toiles de la terrasse, je retrouve instantanément l'instinct que j'avais eu. Pall Mall, mes cigarettes d'adolescents.

Je retourne sur la Kollwill Platz, sous des trombes d'eau. Comme je suis quelqu'un de prévoyant, je n'ai que deux pulls de laine sur moi. J'avise donc ce qui ressemble à un troquet, de toute façon, les cartes et menus ne sont jamais chers à Berlin. Une Erdinger vom Fass et un plat à la carte comprenant le mot Würst me satisfaisent pleinement. J'entame la triste fin du petit enfant huître de Tim Burton, avec deux pages fantastiques sur une histoire d'amour entre une brindille et une allumette. Je pense que j'ai toujours tendance à me brûler les ailes sur ton indifférence. Je le lis très vite, les contes du recueil sont pour la plupart superbes, tous sont jolis. Cependant, il est très mal traduit (les pages de gauche sont en anglais, celles de droite en français), c'en est insupportable. Arrive mon plat, une saucisse accompagnée de patates rissolées et de quelque chose à base de chou. C'est exactement ce que j'attendais, c'est simple, c'est succulent. En partant, je demande au barman s'il connaît d'autres endroits pour continuer ma soirée en solitaire. Il me toise du regard et me sort un charabia que je ne comprends pas. OK, nevermind.

Je me dirige vers la Kulturbrauerei pour retrouver le café à la balance, l'entrée est de cinq euros, que j'allonge aussitôt, je me grille une cigarette de plus et me trouve une place au bout du comptoir. Loin de la scène, mais j'aperçois les chiffres néons au dessus de celle-ci et dont j'ai du mal à deviner la signification : 2040 2036 2037 2038. Avec la bière, un jeton en plastique en guise de caution pour le verre. Le groupe entre en scène, la chanteuse est splendide et accompagnée d'un trio classique guitare – basse – batterie. Très vite, je pense à une sorte de Yeah Yeah Yeahs ou de You say Party! We say Die! Les trois quarts d'heure du set passent vite et sans ennui, j'observe les gens et les filles depuis le bout de mon comptoir, j'apprécie le moment, même si je suis saoul et seul. A la fin du concert, je m'approche de la scène brièvement avant de repartir dans la nuit, un peu moins humide. Je perds un peu le fil de mes pas, je me retrouve plus tard dans un bar cubain où je prends une dernière bière et où je cherche les quelques mots d'espagnols que je connais. J'erre aux alentours, toujours saoul et j'ai simplement envie de parler à qui que ce soit. Sur les rails, je vole la lumière d'un tramway au vol, je suis le flot des gens, tous les bars m'apparaissent calmes et je n'ai envie que de bruit.

Je rentre finalement à l'hôtel, un peu déçu par la nuit berlinoise, moi qui rêvait de folie et de n'importe quoi. Peut-être aurait-il fallu que je force mon destin et que j'imisce de moi-même dans ces lieux. Peut-être était-il simplement trop tôt et que je n'aurais pas du me calquer au rythme danois à la première vue d'une brique rouge.

1 Comments:

Anonymous Anonymous said...

Merci Tonio pour cette carte postale pleine de mots.

You're damn right, happiness can only be shared with others. I let you gess where I pick up the line :)

Bonne route à toi. Profite de Berlin. Le voyage est une rencontre.

Geoff

9:27 PM  

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