On ne voyage pas quand on est les pieds sur la Grande Muraille, sur un lieu construit comme une attraction. On grimpe les marches, on gravit la montagne sur le fil duquel un fou a construit un mur, on surplombe le paysage quasiment désertique, peu d'arbres hauts, au loin une autoroute en construction au milieu de nulle part, quelques hameaux. Cependant, on voyage quand on va vers Simatai, on prend un bus où on est les seuls européens, on marchande à Miyun le tarif d'un taxi, Corentin y excelle, nous obtenons un bon prix. La conduite chinoise nous effraie parce qu'ils n'ont peur de rien et surtout pas d'un bus qui arrive de face. On parle avec les mains, on bégaie quelques mots de chinois.
J'ai tendance ici à parler danois ou espagnol lorsqu'on s'adresse à moi en chinois. C'est bien le premier pays où je me trouve où je ne comprends aucun mot, ni ne les devine. Por favor, la cuenta, comer, beber, hablar me suffisaient au Mexique. Rien de cela ici, nous mimons et espérons tomber sur un interlocuteur qui maitrise une dizaine de mots en anglais.
On voyage quand on traine dans les hutong à la recherche du commissariat où s'enregistrer, lorsqu'on s'asseoit dans un bouiboui et que l'on y mange des brochettes d'abats et du pain grillé, je me repère désormais dans le quartier, les lampions rouges me connaissent et dans Nan luogo xiang, quelques bars nous ont abrité pour notre première nuit ici, Corentin et moi, à la découverte d'un autre pays. On y trouve parfois de la Duvel et quelques chinois prêts à partager leurs jeux. Les ruelles verticales, bordées de leurs maisons de plein pied, peu éclairées mais les arbres parfois immenses nous protégent. Des boutiques, des kiosques, des vendeurs de brochette ou de tabac sont porte ouverte sur la rue et l'on voit toute la pièce, pas plus grande qu'une pièce de monnaie parfois et l'on trouve à l'occasion un lit caché derrière l'étagère.
Je retrouve un peu d'Europe à Dashanze, quartier entier investi par des artistes au niveau du troisième périphérique de la ville. Ancienne usine, lieu d'exposition en plein air. Nous y entrons par une longue rue sans lumière - les lampadaires sont éteins, ils seront rallumés au retour - où seuls les phares de quelques voitures nous montrent le chemin. Des oeuvres grandeur nature sont présentes au coin des rues, ici un lapin tigre, là des dinosaures en cage ou des voitures dans une volière. De grandes salles vides servent de lieu d'exposition, quelques pièces magnifiques. Un café sur une terrasse est traversée par un arbre gigantesque, sur un sol transparent. J'aimerais m'y arrêter. On entend beaucoup d'anglais international sur ces chemins et la 798 road est le seul endroit jusqu'à maintenant où la foule n'a pas pris place. Tout est calme, là l'Europe me manque mais je me dois de me faire une place dans l'Empire du milieu.