Thursday, November 05, 2009

No siam

C'est juste une ferme avec quatre murs, une cour et un toit. Juste une ferme qui change de main et qui passe de l'autre côté, un côté où je ne pourrai plus aller. C'est l'endroit où je passais des journées au ralenti, au lendemain de nuits blanches, au ralenti où je rejouais les premiers amours, les amis, la joie d'être vivant et entouré. Souvent ensuite venaient la fin de l'excitation et l'amortissement des vagues. L'humeur changeait mais la chambre était la mienne alors j'attendais juste un nouvel élan.
Un nouvel élan que je venais aussi chercher là, où j'encadrais parfaitement nord, sud, ouest, est, quand j'avais parcouru un peu trop de route, quand les villes et les pays m'ennuyaient. Je parlais aux murs qui ne me répondaient pas mais m'écoutaient, puisque je continuais jusqu'à ce que je puisse repartir.
Après le portail, on trouve la cour dont le barycentre était marqué d'un pavé de Belgique et en contre bas, un carré d'herbe. Un des murs le longeant s'est un jour écroulé et de là, on voit maintenant à perte de vue, les prés, les bois, la vallée, les monts, l'océan et l'Amérique les jours de beau temps.
C'est donc juste une ferme et j'ai peu de regrets à la quitter, puisque c'est juste dix ans de bouquins et de lumières dans la plaine.



Lou Barlow

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