C'était Brahim qui débarquait
C'est un homme qui meurt et qui, à la lecture d'un avis de deuil, ramène à flots une ville grise, des terrasses qui ressemblaient à des cours vénitiennes, des parties de cartes qui s'interrompaient à tout bout de champ parce qu'on laissait s'approcher des intrus ou des tuteurs, des demis à douze francs, des mixtapes sur des k7 cent fois effacées et enregistrées, une radio faite de bric et de broc mais qui inondait la vallée de ses sons, première des radios libres, d'un amateur de blues qui m'avait pris sous mon aile et qui au début de l'été sous un orage et le tonnerre m'offrait du whisky et ses souvenirs, d'un hiver aussi où on profitait de la première neige pour réchauffer nos corps de vingt ans avec des liqueurs dégueulasses dans les bars et du vin chaud dans nos studios, d'éternité qu'on croyait nôtre, et pour cause, c'est une MJC de quartier qui m'accueillait et dont je faisais partie après avoir montré patte blanche, des interviews de chanteurs français aux terrasses des rues piétonnes, de java sur les pavés où j'étais l'homme idéal parce que j'étais présent - et c'est toujours le cas depuis lors, ma principale qualité est d'être là, en amour, en amité ou dans tout le reste, à tel point que mon absence passe souvent inaperçue, et j'essaie de toujours répondre vite, avec mes bras et mes mots afin d'amarrer ces moments dans le réel.
Un homme s'en va, je ne l'ai pas croisé plus d'une vingtaine de fois, j'ai par contre entendu sa voix tous les jours de mon adolescence, il est le héros de mes épopées musicales et témoin de tout le reste.
Show must go on in fouilla land.
Un homme s'en va, je ne l'ai pas croisé plus d'une vingtaine de fois, j'ai par contre entendu sa voix tous les jours de mon adolescence, il est le héros de mes épopées musicales et témoin de tout le reste.
Show must go on in fouilla land.

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