La ferveur retombée
Arriver à Barcelone et retrouver au hasard, en pas plus d'une poignée de minutes la plaça Georges Orwell, j'y pensais à chaque fois que j'entendais le nom de la ville. Trois bars, dont celui d'Alice, quelques caméras et allemands éparpillés (c'est jour de match), je m'engouffre là où j'entends la voix de John Fogerty.
Un Corto Maltese noir, avec sa boucle d'oreille et sa veste de marin, en pleine déchéance avec ses cheveux grisonnants, tremble quand ses mains se rapprochent vers sa bière de plus. Derrière sa tête, la mer de la tranquilité s'étend sur le mur. Lui comme moi sommes stupéfaits quand un pirate pose le pied sur le seuil du bistrot, se tenant là, immobile les mains sur les hanches, le foulard noir sur son crâne chauve : il scrute chaque objet et chaque personne de la salle. Après quelques secondes qui paraissent des heures, sans prononcer un mot, il fait deux pas en arrière, puis disparaît. Mes doigts desserrent leur étreinte sur la canette, soulagés de ne pas être les victimes d'une vengeance flibustière.
A chacun de mes passages ici, je trouve une ville en travaux, comme si elle continuait de grandir à tout instant. Marteaux-piqueurs et autres outils de chantier sont la bande sonore des barrios, emplissent les rues de leurs bruits et de la poussière que je touche presque du doigt s'entasser dans mes poumons. Je suis à peine étonné d'entendre une chanson, un faible bourdonnement qui en est l'exacte description.
Les plastiques brûlent, les viandes grillent et leurs odeurs mêlées sont toujours là, entre les voitures et moi, c'est à croire que j'aime les villes polluées.
J'ai du temps devant moi, Picasso aussi, dont la vie d'adulte est née dans ma ville, qui fut un temps, deux temps, le centre du monde. Il y rentre dans le bleu de la nuit parisienne et des premiers amis qui tombent. Le musée fait une pause là et reprend son chemin quand, des années plus tard, le peintre récupère un tableau de l'imaginaire collectif, le déforme, le travestit, le bricole. Les Ménines étaient immortelles et le sont maintenant quarante quatre fois plus, avec toujours l'infante dans sa robe d'or, avec toujours une inquiétante silhouette sur le pas de la porte, au fond du tableau. Picasso a-t-il lui aussi rencontré mon pirate ?
Un Corto Maltese noir, avec sa boucle d'oreille et sa veste de marin, en pleine déchéance avec ses cheveux grisonnants, tremble quand ses mains se rapprochent vers sa bière de plus. Derrière sa tête, la mer de la tranquilité s'étend sur le mur. Lui comme moi sommes stupéfaits quand un pirate pose le pied sur le seuil du bistrot, se tenant là, immobile les mains sur les hanches, le foulard noir sur son crâne chauve : il scrute chaque objet et chaque personne de la salle. Après quelques secondes qui paraissent des heures, sans prononcer un mot, il fait deux pas en arrière, puis disparaît. Mes doigts desserrent leur étreinte sur la canette, soulagés de ne pas être les victimes d'une vengeance flibustière.
A chacun de mes passages ici, je trouve une ville en travaux, comme si elle continuait de grandir à tout instant. Marteaux-piqueurs et autres outils de chantier sont la bande sonore des barrios, emplissent les rues de leurs bruits et de la poussière que je touche presque du doigt s'entasser dans mes poumons. Je suis à peine étonné d'entendre une chanson, un faible bourdonnement qui en est l'exacte description.
Les plastiques brûlent, les viandes grillent et leurs odeurs mêlées sont toujours là, entre les voitures et moi, c'est à croire que j'aime les villes polluées.
J'ai du temps devant moi, Picasso aussi, dont la vie d'adulte est née dans ma ville, qui fut un temps, deux temps, le centre du monde. Il y rentre dans le bleu de la nuit parisienne et des premiers amis qui tombent. Le musée fait une pause là et reprend son chemin quand, des années plus tard, le peintre récupère un tableau de l'imaginaire collectif, le déforme, le travestit, le bricole. Les Ménines étaient immortelles et le sont maintenant quarante quatre fois plus, avec toujours l'infante dans sa robe d'or, avec toujours une inquiétante silhouette sur le pas de la porte, au fond du tableau. Picasso a-t-il lui aussi rencontré mon pirate ?
