Wednesday, June 09, 2010

Sans titre

Des bouteilles vides

A cette fenêtre, on trouve maintenant inscrit près du plafond le prénom de la même blonde. Il n'est pas toujours visible, seulement à contre-jour ou quand le lieu est suffisamment rempli pour que la buée couvre les vitres. Un prénom donc, une flèche et un coeur aux oreilles rebondies, dans lesquelles on distingue nettement la générosité de ses seins ou de ses fesses.
A l'inverse d'elle qui s'épaissit en beauté quand elle vieillit, on trouve l'américaine au nez retroussé dont on rêvait presque tous. Nous ne désirions pas grand chose mais elle était inaccessible et ressemblait à une icône plastifiée des magazines qu'on avait posée là, juste pour servir des bières. Je la croise parfois dans la rue, ses cheveux ternes et le regard éteint et je me demande si un homme ou la drogue la dévore.

La musique me réveille soudain, je suis dans ce bar qu'on découvrait quand on découvrait la ville (il y a longtemps, je sais quand je ne suis pas chez moi). Seules quelques ampoules faiblardes éclairent le comptoir et la tireuse, le reste de la salle est dans le noir le plus complet et c'est de rigueur : on joue Joy Division, the Smiths et the Cure. Très bien, j'abandonne et je laisse filer mes pensées saoules vers l'homme sombre qu'il me plaisait d'être.