Monday, February 11, 2008

Le repos

De l'autre côté de la baie vitrée s'étendent les pentes des montagnes, séparées du chalet par une étendue plane, enneigée et large d'une centaine de mètres. De temps en temps, un skieur s'échappe de la première butte pour longer le pied de la colline, passer en boucle devant moi et finalement repartir vers le village. Aussi un couple passe, la mère portant un enfant en bas âge. Tout est calme.
Mes amis sont partis skier les pistes rouges et noires, j'étais trop faible pour les suivre. Les trois derniers jours à Paris furent difficiles, croulant sous la fièvre et c'est à bout de force que je suis arrivé ici hier, tard dans la nuit. J'avais traversé le Rhône à pied et ces quelques centaines de mètres, sous le vent, étaient bien les plus difficiles qu'il m'ait été donné de parcourir.
Mon corps tremblait de froid, sous une palanquée de couches de laines, mes dents claquaient et ma tête était aussi lourde que les matins de mes plus belles gueules de bois. J'ai eu tellement peur de la nuit à dormir, peur d'avoir froid, peur de suffoquer, que quatre couvertures suffisaient à peine à me rassurer à l'instant de me coucher.

Je suis là, seul et j'attends. Tout est calme. Peu de choix dans la musique mais un disque d'un chanteur juif nommé Itzac Perlman attire mon attention. Les notes remplissent vite la pièce. Malgré tout le folklore de la musique juive, la guitare et la voix du type suffisent à montrer la pleine puissance d'un songwriter inconnu. Dans cette bulle de morceau, je fais face à la montagne, blanche, le feu crépite et les flammes qui me lèchent me réchauffent le corps, encore engourdi par la fatigue et la maladie. Je tremble encore mais je sais que cette après-midi sera celle du retour au monde. Contemplatif, le décor me rappelle le film vu à l'aube de cette grippe, into the wild, et la solitude de Christopher McCandless dans son bus magique, entouré de toute la nature et je me dis qu'il est difficile de trouver mieux pour se sentir vivre. Le feu et la musique me baignent toujours dans un confort que le héros du film n'a pas connu une minute en Alaska mais je ne peux que m'identifier à lui à cet instant. La relation de l'homme à la nature est le sujet principal du film, bien plus que le voyage ou les rencontres et je suis en plein dedans. Je quitte Paris malade et je me soigne face à la montagne, seul. Les symboles ont la vie dure.

I think I need to find a bigger place
Because when you have more than you think
You need more space

1 Comments:

Blogger Unknown said...

Haahhhh... hhhhouuaiihh! :)))

11:53 PM  

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