Time of a season
Sur mes notes de Chine, je peux lire "raining, hesitating, hername-ing". J'étais à Dali, au calme, au premier temps du reflux de la marée car j'entamais le retour à Pékin puis à la maison. Il pleuvait sans discontinuer depuis près de trois jours et les activités autres que: écrire, lire, boire des bières étaient difficiles. Je me laissais aller à quelques vagues car avais manqué de temps pour regarder derrière ou devant ou ailleurs. Son nom était après tout le seul lien avec l'Europe que j'avais voulu garder vivant pendant ces semaines en Orient, comme une rengaine ou un poème au fond de l'air, que l'on range la plupart du temps mais que l'on sifflote au creux de la nuit ou au bord des lacs. Un nom qui résonnait parfois quand je voyais de belles images - je voulais les partager. J'avais oublié son visage mais ce n'est pas ce qui comptait. Ce qui importait, c'était d'avoir quelques lettres à fredonner ou à écrire dans la vapeur.
Quelques mois après, je retrouve ce nom et la bouche et le sourire qui vont avec. Sa main cherche la mienne, pendant des heures et me promet une saison radieuse. J'avais traversé la ville pour si peu mais cela devait suffire pour remplir une année. J'avais ensuite traversé de nouveau la ville en la quittant, tard dans la nuit, avec le vent dans le dos et les bras qui s'envolaient.
Le mois de janvier à Paris, je suis habitué à souffrir, ne pas bouger, hiberner, attendre. Cependant, je voyais cette petite flamme au fond des pièces et des bars et quand je disais que cela suffisait à me réchauffer, la plupart me croyaient fou, idéaliste, pire, romantique: on ne se chauffe pas à la lueur d'une bougie. J'étais juste très pragmatique. Cette pensée me tenait éveillé et me permettait de passer les jours, les semaines puis les mois sans tomber.
Elle est là à Paris, encore longtemps après, elle marche à côté de moi dans toutes les rues de la ville et me savoir accompagné, même si nos corps ne se touchent pas, me savoir écouté, même si mon accent français n'a jamais été aussi mauvais, me savoir aimé, même si elle ne m'embrasse pas, me tiennent plus que jamais vivant. C'est bien d'avoir quelqu'un de présent.
A Bayonne, après une nuit blanche, je la mets dans un train pour une chimère, puis, m'éloigne de la gare, emprunte la route qui monte vers le nord, les épaules écrasées par mon sac et ce qu'il ne contient pas, la fatigue, les mots que nous avons dit et ceux que nous avons tu. Au sommet de la colline, qui surplombe le tunnel où s'engouffrent les trains du sud, quelques larmes surgissent, j'entends le sifflement du train qui annonce son départ, comme pour dire "au revoir" à la ville et aux gens qui y restent. Cela sonne pourtant tellement plus comme un adieu, comme une saison finie et si je reste attaché aux lettres de son nom, elles sont déjà parties vers les montagnes et d'autres chemins.
Je continue de marcher, longtemps. Le soleil du matin surgit pour éclairer la route et je chante, à moi-même comme pour elle:
i could leave my body for a day
no more misssing you while i'm gone
Quelques mois après, je retrouve ce nom et la bouche et le sourire qui vont avec. Sa main cherche la mienne, pendant des heures et me promet une saison radieuse. J'avais traversé la ville pour si peu mais cela devait suffire pour remplir une année. J'avais ensuite traversé de nouveau la ville en la quittant, tard dans la nuit, avec le vent dans le dos et les bras qui s'envolaient.
Le mois de janvier à Paris, je suis habitué à souffrir, ne pas bouger, hiberner, attendre. Cependant, je voyais cette petite flamme au fond des pièces et des bars et quand je disais que cela suffisait à me réchauffer, la plupart me croyaient fou, idéaliste, pire, romantique: on ne se chauffe pas à la lueur d'une bougie. J'étais juste très pragmatique. Cette pensée me tenait éveillé et me permettait de passer les jours, les semaines puis les mois sans tomber.
Elle est là à Paris, encore longtemps après, elle marche à côté de moi dans toutes les rues de la ville et me savoir accompagné, même si nos corps ne se touchent pas, me savoir écouté, même si mon accent français n'a jamais été aussi mauvais, me savoir aimé, même si elle ne m'embrasse pas, me tiennent plus que jamais vivant. C'est bien d'avoir quelqu'un de présent.
A Bayonne, après une nuit blanche, je la mets dans un train pour une chimère, puis, m'éloigne de la gare, emprunte la route qui monte vers le nord, les épaules écrasées par mon sac et ce qu'il ne contient pas, la fatigue, les mots que nous avons dit et ceux que nous avons tu. Au sommet de la colline, qui surplombe le tunnel où s'engouffrent les trains du sud, quelques larmes surgissent, j'entends le sifflement du train qui annonce son départ, comme pour dire "au revoir" à la ville et aux gens qui y restent. Cela sonne pourtant tellement plus comme un adieu, comme une saison finie et si je reste attaché aux lettres de son nom, elles sont déjà parties vers les montagnes et d'autres chemins.
Je continue de marcher, longtemps. Le soleil du matin surgit pour éclairer la route et je chante, à moi-même comme pour elle:
i could leave my body for a day
no more misssing you while i'm gone

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