A la fenêtre
Encore une histoire de baie vitrée, celle-ci donne sur la rue. Derrière moi, j'entends la serveuse suédoise parler anglais, elle m'a reconnue à mon arrivée, m'a demandé si j'allais bien. Cela ne laisse aucun doute qu'elle se rappelle de ma tentative minable de l'an dernier. C'était la fin du printemps, je me sentais libre et capable de tout. Un an a passé donc, cette jolie blonde est rentrée dans son pays, l'été s'est écoulé avec son cortège d'échecs amoureux, son mauvais temps, mon fantôme avait changé d'épaules et un soir d'automne où l'on est heureux de retrouver ses amis dans un coin au chaud, cela devait être à mon retour du Mexique, son sourire était revenu par surprise, au même endroit derrière le bar. Mes cheveux et ma barbe avaient poussé et je l'avais ignoré parce qu'elle est simplement trop jolie pour moi. Elles reconnaissaient mes amis qui le lui rendaient, j'espérais juste passer inaperçu. Jusqu'à aujourd'hui, donc, où elle me gratifie du plus bel accueil.
Si on parle beaucoup anglais dans ce bar, je pense à mes années hors de France, à ces rencontres éphémères dans les bars de Copenhague. En face de moi, toujours là, immobiles, l'auberge internationale des jeunes et cette envie de repartir, qui me prend toujours quand je suis assis à cette place. Je reviens de Berlin, je reviens de Barcelone, je reviens du Danemark. Ces villes sont miennes, Paris la même, avec toutes ses rues. Où le souffle de la bière m'amènera-t-il ? Dans combien de bars une blonde serveuse me fera penser à la jeune suédoise qui travaillait ici, rue Trosseau, tous les après-midi ? A combien de villes rêverai-je une fois le cul posé là ?
Ah oui, sinon, j'ai une nouvelle amoureuse, elle s'appelle Lykke Li, elle est suédoise aussi. Le morceau (Little bit), la vidéo et la fille sont superbes.

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