Sunday, March 23, 2008

Lonely people

Lonely people voyagent et se perdent. Ils connaissent les grandes villes. Ils parlent leur langue maternelle, l'anglais et possèdent quelques rudiments d'une troisième langue, le danois, le portugais ou l'espagnol. Lonely people tombent amoureux, souvent, et en profitent pour visiter de nouvelles villes, un peu plus loin et parfois plus près de chez eux. Ils parlent et s'arrêtent, hésitant sur le chemin du retour. Lonely people ne veulent pas de réversibilité, jamais. Une fois, Lonely people regrettent d'avoir tout joué et presque tout perdu. Ils oublient vite après avoir vu une jolie rue, après l'avoir arpentée et retenu son nom. Le soir venu, ils oublient vraiment et l'allusion de ces remords est vite noyée.
Dans la ville, Lonely people se voient et se ressemblent, dans la même volonté de ne vouloir s'enraciner, de surfer sur une vague de musique, de bière, de rencontres ou autre chose, surfer sur la ville et partir au premier coup de vent.
Lonely people veulent toujours être prêts. Prêts pour tout, prêts pour qu'une révolution fasse d'eux des icônes ou des idoles. Prêts pour que quelque chose se passe. There is something going on. Ils l'attendent. Que viendra-t-il ? Une brise légère qui remue les feuilles sans jamais ébranler le tronc, une brise légère qui repose les cheveux, comme un oubli ou un songe d'un meilleur lendemain. Souvent, Lonely People sont déçus. Mais la déception et l'échec sont l'habitude des grands espoirs et il est plus beau de voir en grand. Mieux vaut la gueule dans la boue et la tête dans les étoiles que les pieds sur terre [1].
Lonely People sont fiers, parfois trop.




[1] Extrait de Vraie blonde (et autres) de Jack Kerouac :
Sans aucun doute, il a fallu en payer le prix. Nous étions tous réellement ces vauriens imaginés par Mèmère. Nous pensions être honnêtes, comme ils disent, être fidèles à nos origines et à nos personnalités, et rompre les contraintes sociales et les usages littéraires auxquels, pensions-nous, notre génération avait à faire face. Nous prenions tous les risques possibles et nous nous en faisions un point d'honneur. Toute forme de sécurité était pour nous une insulte.
[Cela] rassemble donc ce qui a toujours constitué notre propos, traîner, observer, rêver à la vie, prendre soin de ses amis et finalement faire sa vie pour soi-même et ceux qu'on aime. C'est un monde d'attentions gratuites, d'intimité constante, de plaisirs rustiques.

Ecrit au Tape Bar, rue de la roquette, Paris

1 Comments:

Anonymous Anonymous said...

c'est très beau Antoine, vraiment...
Laure

12:23 PM  

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