Forever ago
Pour faire le deuil d'une histoire d'amour, on croit souvent qu'on trouve peu d'alternatives à oublier, à fermer les yeux et à aller de l'avant. On peut aussi partir vivre un bout dans une cabane au milieu de la forêt du Wisconsin, exister loin de la ville, faire face à l'ensemble de ses souvenirs et l'immensité d'un monde sans l'être aimé.
Quand le héros d'into the wild veut affronter ou rencontrer la nature pour devenir un homme, Bon Iver [1] s'exile pour oublier qu'il en est un. De son vrai nom Justin Vernon, notre héros précise qu'il n'avait pas l'intention de prendre sa guitare et d'écrire des morceaux, des morceaux destinés à celle qui le fit tomber. On ne sait pas trop ce qu'il vécut, là-bas, si ce n'est qu'il y fut seul pendant près de trois mois. A-t-il noyé l'image d'Emma dans les éléments qui l'entouraient ? Ou au contraire, voyait-il en permanence son visage dans les arbres, les prairies et dans le ciel, sans pouvoir en détacher les yeux ? Comment, bordel, s'est-il guéri ?
Neuf chansons dénudées [2], de flume à skinny love sont nées. Pour la plupart d'entre elles, fabriquées de simples accords de guitare à la rythmique sobre et de la voix de Vernon, si fragile qu'il parait impossible qu'un solide gaillard aux chemises de bûcheron puisse en être le propriétaire.
Ces neufs morceaux trahissent une blessure encore à vif, à l'image de ces bruits de feu d'artifice à la fin de the wolves, comme une crise de larmes. Et c'est ce qui magnifie ces chansons d'amour.
Flume a fait le tour d'un monde virtuel - paradoxe d'un album écrit loin des zéros et des uns -, faisant chavirer la plupart des coeurs rencontrés et l'histoire d'un homme barbu et triste est apparue comme la plus belle preuve d'amour qui soit, un disque entier écrit pour dire à une fille la somme de ses souffrances et de ses sentiments.
On se pose peu la question de savoir ce qu'est devenu Emma. L'aime-t-elle encore ? Pense-t-elle encore à lui ? Et si non, comment fait-elle pour recevoir un tel cadeau ? N'a-t-elle pas de coeur ?
On voudrait tous être capables d'offrir de tels gestes, alors qu'il est tellement plus facile de s'empêtrer dans des des conflits barrés et des attitudes ridicules [3]. Et quand le geste est beau, il est souvent inutile : Emma est déjà probablement dans une autre vie.
Le dernier morceau lui est dédié : for emma et s'achève sur des mots
So many foreign roads for emma, forever ago
qui laissent tant d'espoirs tristes que les sons, discrets, des cuivres et de la slide qui clôturent le disque ne peuvent que signifier que les photos sont dans les cendres, le lit est fait et qu'il est temps de laisser la porte de cette cabane fermée derrière soi pour retourner en ville, même si la cicatrice saigne encore un peu, certains soirs. A la ville, on oublie tout et l'on est obligé d'avancer, même dans le mur.
Quand le héros d'into the wild veut affronter ou rencontrer la nature pour devenir un homme, Bon Iver [1] s'exile pour oublier qu'il en est un. De son vrai nom Justin Vernon, notre héros précise qu'il n'avait pas l'intention de prendre sa guitare et d'écrire des morceaux, des morceaux destinés à celle qui le fit tomber. On ne sait pas trop ce qu'il vécut, là-bas, si ce n'est qu'il y fut seul pendant près de trois mois. A-t-il noyé l'image d'Emma dans les éléments qui l'entouraient ? Ou au contraire, voyait-il en permanence son visage dans les arbres, les prairies et dans le ciel, sans pouvoir en détacher les yeux ? Comment, bordel, s'est-il guéri ?
Neuf chansons dénudées [2], de flume à skinny love sont nées. Pour la plupart d'entre elles, fabriquées de simples accords de guitare à la rythmique sobre et de la voix de Vernon, si fragile qu'il parait impossible qu'un solide gaillard aux chemises de bûcheron puisse en être le propriétaire.
Ces neufs morceaux trahissent une blessure encore à vif, à l'image de ces bruits de feu d'artifice à la fin de the wolves, comme une crise de larmes. Et c'est ce qui magnifie ces chansons d'amour.
Flume a fait le tour d'un monde virtuel - paradoxe d'un album écrit loin des zéros et des uns -, faisant chavirer la plupart des coeurs rencontrés et l'histoire d'un homme barbu et triste est apparue comme la plus belle preuve d'amour qui soit, un disque entier écrit pour dire à une fille la somme de ses souffrances et de ses sentiments.
On se pose peu la question de savoir ce qu'est devenu Emma. L'aime-t-elle encore ? Pense-t-elle encore à lui ? Et si non, comment fait-elle pour recevoir un tel cadeau ? N'a-t-elle pas de coeur ?
On voudrait tous être capables d'offrir de tels gestes, alors qu'il est tellement plus facile de s'empêtrer dans des des conflits barrés et des attitudes ridicules [3]. Et quand le geste est beau, il est souvent inutile : Emma est déjà probablement dans une autre vie.
Le dernier morceau lui est dédié : for emma et s'achève sur des mots
So many foreign roads for emma, forever ago
qui laissent tant d'espoirs tristes que les sons, discrets, des cuivres et de la slide qui clôturent le disque ne peuvent que signifier que les photos sont dans les cendres, le lit est fait et qu'il est temps de laisser la porte de cette cabane fermée derrière soi pour retourner en ville, même si la cicatrice saigne encore un peu, certains soirs. A la ville, on oublie tout et l'on est obligé d'avancer, même dans le mur.
[1] bon iver, parce que le h en français ne se prononce jamais
[2] l'album For Emma, Forever Ago n'est disponible actuellement qu'en import auprès de son label, jagjaguwar - sortie européenne prévue en mai
[3] il est tellement plus facile d'être un amoureux pathétique qu'un malheureux digne

1 Comments:
on te le dit pas assez, mec, mais t'es un putain de talent :jemincline:
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