Tuesday, June 03, 2008

The book and the canal

Dans le bar qui borde le canal, j'ai vu une fille qui pleurait. Elle était dans les bras de son amie et je voyais ses soubresauts, imperceptibles, et je voyais ses poings fermés quand on essayait de la consoler. Les deux se séparent parce qu'il n'y a plus de courage à partager. Les larmes ne coulent pas mais les joues sont trempées. Cette fille pleurait comme l'orage est tombé sur l'eau, alors que le printemps, le mois de mai tentaient de nous réchauffer. Il avait déjà plu dans la journée mais en cette fin d'après-midi, malgré le dos qui me brûlait, les nuages noirs s'emparaient du ciel sans coup férir.

Alors tous sont rentrés au Jemmapes, qui vendaient les bières aux promeneurs qui se laissaient s'arrêter. Dehors était noir, dehors était sombre et nous étions dans un refuge surpeuplé. Un refuge parisien, avec le grand miroir au mur, la toile sur la terrasse et la rue qui s'affichait noire. La fille pleurait et je me disait que j'avais envie de pleurer moi aussi, comme tant de fois auparavant. J'avais envie de pleurer, comme je le fais un peu partout, et surtout à Paris, parce qu'un être vous manque, ou deux, ou alors ce n'est pas lui mais seulement sa présence. Combien de fois aurais-je aimé qu'une jolie fille, ou simplement une fille, vienne s'enquérir de ma tristesse ? On a toujours besoin de parler, on a toujours besoin de courage, on se sent toujours seul.

Et puis l'orage passe et un arc en soleil - un arc en ciel, donc un soleil - retrouve la rue, le quai, le canal. La lumière grandit et les silhouettes à la porte, on les voit, on les entend. Les gars, les filles, on les regarde sortir, s'allumer une cigarette, passer des coups de fils, ils brillent. On sait que l'orage est passé, comme si une fille me souriait, pour rien, parce qu'une ou deux larmes coulent.



Broken social scene - lover's spit

Sunday, June 01, 2008

In_Berlin

A vrai dire, Berlin ne devrait pas être racontée chronologiquement. Cinquante années passées à attendre la liberté devraient maintenant arrêter le décompte des jours.
Le fardeau que je porte depuis mon arrivée est la part qui me revenait. L'Allemagne et sa capitale n'ont pas plus mérité que d'autres de vivre sous le fascisme et le communisme mais ils l'ont sûrement payé plus cher que leurs voisins. Si les multiples cicactrices et souvenirs de la ville sont évidents, c'est probablement pour rappeler aux visiteurs qu'il est difficile d'être ensemble les bourreaux et les victimes d'un continent. Les vagues du mémorial, les oliviers de l'exil balayent, ou tentent de, le poids des blocs de granit, le poids de chaque faute. Le mur passait, passe encore car c'est là la seule portion toujours debout, longe sur une centaine de mètres un terrain où les locaux de la Gestapo se tenaient. La coupure et la torture sur le même lieu, le centre du monde. Tout est né là. Quelques ruines subsistent, la topographie de la terreur sur un terrain vague pour ne jamais oublier. Je suis sur les restes fumants du Mordor.

Pendant la traversée de Tiergarten, il pleut et il vente. L'ancien bois en plein centre d'une ville romantique est devenu un no man's land pendant plusieurs dizaines d'années. Le bout du bout du monde, la terre était de nouveau plate. un monument à la gloire des héros de l'armée soviétique, la colonne de la victoire se sont retrouvés seuls, ignorant le reste du monde dans un parc qui découvrait les charmes d'être une forêt. Comme dans toute l'Europe du nord, les pelouses ne sont pas tondues et les chemins sont parsemés de tâches de boue que l'on ne peut éviter. Nous arrivons à l'est d'un continent, là où le monde des mes parents s'arrêtait. Aujourd'hui, l'Europe est deux fois plus vaste et on le sent, on le voit partout ici.

J'aurais aimé voir le drapeau rouge flotter sur le Reichstag, j'aurais aimé voir le symbole de la république, abandonné plus tard par tout son peuple. Maintenant, une coupole de verrre surplombe la ville, elle est dotée d'un restaurant aux prix parisiens et la vie a repris son droit.

Berlin est vivante, peut-être parce qu'elle est jeune à nouveau. Peu de gens ont la chance de naître deux fois alors elle en profite. Le choc des civilisations de 1989 a créé des trous dans la ville, des espaces que les habitants on pu remplir ou utiliser. La brasserie Kulturbrauerei dont je parlais plus tôt, tous les endroits interdits entre deux ou simplement des immeubles oubliés. A Tacheles, un de ceux-là est un squat ou quelque chose s'en approchant. En fait, là-aussi, on y a mis un café, un théâtre. A l'étage, on ne sait pas trop ce qu'il se trouve... Des gens y vivent et on peut peut-être leur parler au Café Zapata, après beaucoup de bières. A l'intérieur du bar, les sculptures et les structures d'acier font office de décor, on voit les boulons, les vis, les écrevisses sur les poutres. Au dessus du comptoir, une bouche béante, celle d'un dragon ou d'une créature du même gabarit. Je l'observe quand, prenant vie, une flamme immense sort de la gueule vers le plafond. Je crois avoir rêvé car plus rien ne se passe ensuite et tout le monde dans le bar fait comme si rien ne s'était passé. Plus tard, je suis certain de revoir cette flamme une fois, deux trois fois avant que je comprenne qu'un bouton la déclenche au bar. Alors je vais m'asseoir au comptoir et j'attends de le voir par moi-même. Vers le fond de la salle,un panneau annonce un "smoking room" et derrière la porte ainsi désignée, on trouve un baby foot dans une cour, à l'air libre derrière le bâtiment. Quelques voitures désossées tiennent compagnie aux fumeurs et aux curieux.

Berlin est plein d'endroits comme celui-ci, créés par des personnes qui se croyaient libres. A Berlin, tout n'est pas rempli, on croise encore fréquemment des terrains vagues, vides. Bien sûr, l'occidentalisme (quelque soit le nom qu'il porte: libéralisme, individualisme, propriété privée, socialdémocratisme) emportera ces bâtiments, crèvera ces bulles éparpillées dans la ville, parce que c'est comme ça. On retrouve la liberté et celle-ci nous revend au commun des mortels, ceux qui se ressemblent tous.

Je sais, Berlin est condamnée à devenir une capitale comme les autres, parce que tout cela est logique. Mais parfois, sortir de la normale, comme le font ces trentenaires aux corps remplis de tatouage et qui fument dès le matin au café Rock n' Roll - nous y sommes revenus pour notre dernier petit déjeuner - parfois il est rassurant de savoir qu'on peut naviguer un peu en dehors des courants.

Back on stage

On dit toujours adieu pour revenir. Et puis écrire quelques mots à la va-vite est bien le seul truc que je sais faire avec boire des bières et tomber amoureux des jolies filles dans la rue. C'est un ami qui partageait une bière avec moi et c'est la fin de l'usage du monde, un bouquin simple et merveilleux, où les mots suffisent à faire sortir les sentiments, c'était la même journée et ce sont eux qui ont achevé de me convaincre, parce que si je n'écris plus rien, je ne vois pas comment j'arriverais à m'exprimer dans cette ville où j'ai appris à me taire dès qu'il s'agit de moi.


Poney Express - Cry et ça vient de la Blogothèqe selvfølig