Wednesday, June 27, 2007

Two fifty

S'il fait chaud l'été à Barcelone, je me consume à tout instant.
Et plus particulièrement dans ce bar ouvert sur la place Georges Orwell, une place en triangle où nous avons déjà échoués ici quelques soirs auparavant, une place essaimée par une poignée de caméras de surveillance, animales communes dans ce début de siècle paranoiaque.

Accoudé au comptoir avec une amie, je m'effondre en face du regard de la serveuse qui se dirige vers nous et à qui je balbutie du bout des lèvres que je désire une bière. Sans un geste ou un sourire pour moi qui suis rivé à sa silhouette, elle nous sert. Pourtant prolixe ces derniers jours, je me retrouve face à un mur, celui de mon manque d'imagination pour aborder une jolie fille, surtout dans une langue que je ne maîtrise pas. Quoique, love don't need subtitles.

Alors j'essaie tant bien que mal de reprendre mes esprits, de faire comme si la brune en face de moi n'était pas, comme si après tout, tout rentrait dans l'ordre dans quelques jours. Avant de payer je tente tout de même de lui révéler mon existence et j'attends qu'elle soit près de nous pour venir faire échouer un « la cuenta por favor » à ses oreilles. D'une voix aussi douce que certains souvenirs d'enfance, elle fait résonner son two fifty plus two. Je m'empresse de payer et je fuis Alice.

Monday, June 25, 2007

Alice déchaînée

La première fois que j'ai rencontré Alice, j'étais en vacances à Barcelone pour une dizaine de jours, histoire de prendre l'air en dehors de Paris. Non que la capitale catalane soit moins bruyante, ne soit plus calme, mais ses rues ne contenaient aucun sentiment de devoir ou d'envie mal-maîtrisée mais tout de même.

La vie là-bas n'était pas de tout repos, loin de là. No rest for the body, no rest for the mind. A vrai dire, si je ne pensais pas à ce que je devais oublier, mon processeur tournait tout de même à 95% de sa capacité, il me fallait chaque soir tuer les processus à coups de cerveza, la seule en circulation là-bas, l'estrella damm – la san miguel est un mythe pour touristes, la sangria aussi puisqu'on en parle.

Mon corps arrivait de lui-même à saturation après une poignée de nuits sur ce rythme. Et je continuais parce qu'après tout, il y avait un match à gagner et que nous n'entendrions pas le coup de sifflet final avant l'embarquement du vol 5001 pour Paris – Charles de Gaulle. Tous les après-midi étaient destinées à des projets auxquels on se consacre rarement dans la ville qu'on habite, les musées locaux : Picasso a aussi habité Barcelone, le régionalisme n'est pas une farce créée de toutes pièces par des corses n'ayant pas fini leur puberté, les collines en Espagne servent non seulement à bombarder les villes dissidentes mais aussi à surplomber des ports hallucinants, par la taille et l'activité. Dès que le ciel s'assombrissait, et puisque nous étions en novembre, cela venait finalement assez vite, j'essayais les quelques mots d'espagnols que je connaissais pour commander la première bière de la journée.

Cela faisait quelques jours que mes amis et moi suivions ce régime insensé et nous allions tous les jours un peu plus au delà de nos limites. Nous prenions avec fatalisme notre condamnation, mon coeur mourrai à Barcelone et j'enterrerai ses restes en Catalogne. Rest in peace, toussa.

Je tombais amoureux approximativent toutes les cinq minutes. Partout, partout, je voyais des jeunes femmes qui passeraient pour punks ou au mieux marginales où que ce soit en France et c'était simplement la mode catalane. Des brunettes aux tatouages ostentatoires, des piercings à peu près partout, des coupes de cheveux anarchiquement organisées. Cette caissière au musée Miro qui avait les tempes rasées, des cheveux noirs et longs dans le dos, des étoiles et des fleurs d'encre autour de l'avant-bras et je ne pouvais m'empêcher de penser que cette fille avait bien plus de classe que n'importe quelle parisienne maquillée, chic et s'habillant selon la mode saisonnière. A la sortie du musée, à la boutique souvenirs, je revoyais celle-ci discutant avec la vendeuse, celle-ci encore plus belle et tout aussi différente, chaussettes et jupes à rayures, doc martens et deux trois piercings savamment placés sur le visage, en accord avec les splendides grains de beauté qui y étaient éparpillés.

A cet instant, je ne prévoyais pas un instant de revenir à Paris. Si la norme ne te plait pas, il est plus facile de se déplacer où celle-ci te convient que de modifier les comportements de masse. Si les filles sont belles, pourquoi les chercher ailleurs ? Pourquoi attendre le spécimen unique en France ? Quand j'étais au Danemark, je trouvais les filles belles, blondes et engageantes mais je mesurais la différence sans difficulté l'écart qui les séparait de mon idéal. Pas de cela ici. Mais comment expliquer ceci ? Comment exprimer que l'unique raison de ma présence à Barcelone était la conviction d'y trouver mon âme soeur ? Je cherchais en vain comment retarder l'échéance, comment annoncer à mon patron que j'avais trouvé mieux ailleurs, à mes amis qui savaient très bien que je ne parlais pas espagnol et que je n'avais aucune attache dans ce pays, à mes parents qui m'ont vu ne pas supporter la chaleur méditerranéenne depuis que je suis tout petit.

Saturday, June 09, 2007

Det er mig der holder trærn sammen - 2

Un vendredi matin, 5 heures sur Nørrebrogade, une des artères de la ville. Je dis au revoir à mon amie Camilla, qui restera quoiqu’il arrive ma colloc, je serre la pogne d’aven’, sourires aux lèvres. C’est le petit matin à Copenhague. Ce ne sont pas les souvenirs qui surgissent, c’est le moment présent que nous retrouvons. En effet, le soleil se lève mais c’est encore une heure de la nuit, seuls les taxis et les vélos s’emparant des rues, évacuant les gens saouls, nous nous reconnaissons. La rue est à nous. Le ciel est clair, les âmes fatiguées et heureuses.
Mon deux-roues m’attend pour un dernier raid nocturne vers Gothersgade, je traverse les lacs et je courbe le dos sous le vent du matin qui me procure un frisson, ma tête est toujours un peu ailleurs, je m’engouffre dans l’immeuble. Le lendemain, seul m’attend un vol pour Paris.

Plus tôt dans la nuit, les pintes de Tuborg ont défilé dans le Leningrad Café du Stengade30. L’endroit est chouette, une salle de concert au rez-de chaussée, payante, un café à l’étage, gratuit. Leningrad Café donc. Entouré de vieilles connaissances, de nouvelles aussi, j’écume le bar parmi un flot de jeunesse punk et rock, tatouée jusqu’au creux des seins, dominante rouge et noire. Une vague qui fuit les ruines d’Ungdomshuset, une horde qui a pour emblème une DJ tout juste sortie de l’adolescence, aux cheveux couleurs anarchie à qui on donnerait le bon diable sans hésiter. 20 ans donc et pas de concessions, la foule danse sur des morceaux qui sont plus vieux qu’elle, AC/DC, Joy Division, the Clash, the Stooges et bien évidemment Mötörhead, ce qui me ramène deux ans plus tôt dans la même ville où j’assistais au concert d’un groupe qui avait aussi construit ma jeunesse (we are mötörhead, we just play rock n’roll and we play it loud). Nous sommes suffisamment saouls pour passer inaperçu et nous emmêler.