Saturday, April 25, 2009

Les départs et les retours

Quitter Paris : toujours essentiel à la fin des saisons. Soit on les finit à bout de course, le souffle court, brisé par le rythme de la ville inhumaine et dense, et la perspective du départ sonne comme une ligne morte, avant quoi il faut s'achever. Le train est une délivrance, un havre de paix et on laisse derrière soi tout ce qui n'allait pas – ou trop vite. Soit, parfois le printemps, on a réussi à calmer le temps les jours avant, je regarde parfois le ciel en pensant à celui qui m'attend ailleurs et il me reste quelques heures à brûler avant d'entrer en gare, je profite d'une terrasse et d'un demi, en lisant un livre ou simplement en regardant les jolies filles à la mode parisienne, en face du parvis de la gare de Lyon.

Lyon

Arrivée en ville, que j'ai peu connue plus jeune sans jamais y vivre. Je dois m'habituer à des distributeurs automatiques, des affichages et des tickets différents. En attendant le métro, puis en embarquant, je ne sais pas si j'enfreins, contrarie ou respecte les habitudes des locaux. On parle ici français mais je porte la même impression de timidité qui s'empare de moi quand je débarque à l'étranger.

Saint-Etienne

Une fois de plus, je suis surpris de voir la gare rénovée de ce qui fût et restera ma ville (les travaux ont commencé quand j'ai quitté les lieux). Alors je prends ce tramway qui remonte vers le centre à contre-sens. Les étudiants qui sortent de mes anciennes portes me paraissent si jeunes. On s'en fout, je continue sans nostalgie, un peu plus loin où la ville était grise avant, les sandwichs peu cher et le pastis aussi.
La sensation d'espace qui m'attrape dès que je mets le pied au sol m'enivre. La prochaine limite n'est pas un mur. A la cité du design, dans les anciens murs d'une industrie d'armement, j'aperçois cette culture qui s'empare d'un lieu abandonné ou inutile, telle qu'on la voit dans les villes qui se métamorphosent ou dans les pays où la jeunesse prend encore un peu de place. Les cloisons parisiennes entre les lieux et les gens sont trop épaisses, à tel point qu'elles s'élèvent même entre les habitants, pense-je.

Home

Chez moi, je tire aux flèches, je nourris les chevaux, je joue aux cartes, j'ai froid en dormant, je ne vois pas de ciel orangé quand je lève les yeux la nuit, mon téléphone ne capte pas, je pense à une jolie blonde, à une jolie brune, je fais la sieste pendant plusieurs jours.

Roanne

Je prends un train de retour à Roanne, un lundi matin avec la plupart des lycéens qui arrivent depuis leurs villages, tôt pour leurs internats. Des conversations stupides mais du bruit et de la vie : cela me suffit.

Vichy

En rentrant par les trains de campagne à travers le centre de la France, en évitant les trains à grande vitesse, on prend le temps de revenir. A la correspondance, j'achète un libé et un café, ce qui n'est pas dans mes habitudes parisiennes. Plus de lycéens mais quelques étudiants et militaires, des mères célibataires et des hommes en costumes, derniers visages avant départ et retour.

Paris

On passe la gare de Fontainebleau, puis celle de Melun, j'entends déjà la ville. Au premier pied sur le quai, les pas se font rapides, il est temps d'arriver. Au contraire, ce matin, je ralentis, je traverse la Seine en face de la gare d'Austerlitz, le vent dans les cheveux. Il me reste quelques mètres pour m'habituer à une ville qui m'empoisonne et me nourrit.




Aphex Twin - 4

Saturday, April 18, 2009

Crystal frontier

J'ai récupéré tout ce qui me manquait pour partir : passeport, carte bleue, chargeur de téléphone. J'ai soigné mon bras, parce que je me bats trop avec les métros. J'ai regardé des horaires de bus espagnols, des horaires de train, parcouru les cartes de Navarre et de Castille. Je me suis reposé, j'ai dormi, j'ai joué avec des enfants, j'ai fait des châteaux de sable et j'ai lu. Je suis prêt à aller plus au sud.
Mais je n'irai pas chercher un amour déjà perdu de l'autre côté de la frontière, celle-ci est trop haute, trop loin et je préfère faire demi-tour.

Friday, April 17, 2009

Nettoyage de printemps

I've removed my bracelets and my ring, I've cut my hair: I feel much lighter. I feel like going home.




Thursday, April 16, 2009

Time of a season

Sur mes notes de Chine, je peux lire "raining, hesitating, hername-ing". J'étais à Dali, au calme, au premier temps du reflux de la marée car j'entamais le retour à Pékin puis à la maison. Il pleuvait sans discontinuer depuis près de trois jours et les activités autres que: écrire, lire, boire des bières étaient difficiles. Je me laissais aller à quelques vagues car avais manqué de temps pour regarder derrière ou devant ou ailleurs. Son nom était après tout le seul lien avec l'Europe que j'avais voulu garder vivant pendant ces semaines en Orient, comme une rengaine ou un poème au fond de l'air, que l'on range la plupart du temps mais que l'on sifflote au creux de la nuit ou au bord des lacs. Un nom qui résonnait parfois quand je voyais de belles images - je voulais les partager. J'avais oublié son visage mais ce n'est pas ce qui comptait. Ce qui importait, c'était d'avoir quelques lettres à fredonner ou à écrire dans la vapeur.

Quelques mois après, je retrouve ce nom et la bouche et le sourire qui vont avec. Sa main cherche la mienne, pendant des heures et me promet une saison radieuse. J'avais traversé la ville pour si peu mais cela devait suffire pour remplir une année. J'avais ensuite traversé de nouveau la ville en la quittant, tard dans la nuit, avec le vent dans le dos et les bras qui s'envolaient.

Le mois de janvier à Paris, je suis habitué à souffrir, ne pas bouger, hiberner, attendre. Cependant, je voyais cette petite flamme au fond des pièces et des bars et quand je disais que cela suffisait à me réchauffer, la plupart me croyaient fou, idéaliste, pire, romantique: on ne se chauffe pas à la lueur d'une bougie. J'étais juste très pragmatique. Cette pensée me tenait éveillé et me permettait de passer les jours, les semaines puis les mois sans tomber.

Elle est là à Paris, encore longtemps après, elle marche à côté de moi dans toutes les rues de la ville et me savoir accompagné, même si nos corps ne se touchent pas, me savoir écouté, même si mon accent français n'a jamais été aussi mauvais, me savoir aimé, même si elle ne m'embrasse pas, me tiennent plus que jamais vivant. C'est bien d'avoir quelqu'un de présent.

A Bayonne, après une nuit blanche, je la mets dans un train pour une chimère, puis, m'éloigne de la gare, emprunte la route qui monte vers le nord, les épaules écrasées par mon sac et ce qu'il ne contient pas, la fatigue, les mots que nous avons dit et ceux que nous avons tu. Au sommet de la colline, qui surplombe le tunnel où s'engouffrent les trains du sud, quelques larmes surgissent, j'entends le sifflement du train qui annonce son départ, comme pour dire "au revoir" à la ville et aux gens qui y restent. Cela sonne pourtant tellement plus comme un adieu, comme une saison finie et si je reste attaché aux lettres de son nom, elles sont déjà parties vers les montagnes et d'autres chemins.

Je continue de marcher, longtemps. Le soleil du matin surgit pour éclairer la route et je chante, à moi-même comme pour elle:
i could leave my body for a day
no more misssing you while i'm gone