Sunday, February 24, 2008

A la fenêtre

Encore une histoire de baie vitrée, celle-ci donne sur la rue. Derrière moi, j'entends la serveuse suédoise parler anglais, elle m'a reconnue à mon arrivée, m'a demandé si j'allais bien. Cela ne laisse aucun doute qu'elle se rappelle de ma tentative minable de l'an dernier. C'était la fin du printemps, je me sentais libre et capable de tout. Un an a passé donc, cette jolie blonde est rentrée dans son pays, l'été s'est écoulé avec son cortège d'échecs amoureux, son mauvais temps, mon fantôme avait changé d'épaules et un soir d'automne où l'on est heureux de retrouver ses amis dans un coin au chaud, cela devait être à mon retour du Mexique, son sourire était revenu par surprise, au même endroit derrière le bar. Mes cheveux et ma barbe avaient poussé et je l'avais ignoré parce qu'elle est simplement trop jolie pour moi. Elles reconnaissaient mes amis qui le lui rendaient, j'espérais juste passer inaperçu. Jusqu'à aujourd'hui, donc, où elle me gratifie du plus bel accueil.

Si on parle beaucoup anglais dans ce bar, je pense à mes années hors de France, à ces rencontres éphémères dans les bars de Copenhague. En face de moi, toujours là, immobiles, l'auberge internationale des jeunes et cette envie de repartir, qui me prend toujours quand je suis assis à cette place. Je reviens de Berlin, je reviens de Barcelone, je reviens du Danemark. Ces villes sont miennes, Paris la même, avec toutes ses rues. Où le souffle de la bière m'amènera-t-il ? Dans combien de bars une blonde serveuse me fera penser à la jeune suédoise qui travaillait ici, rue Trosseau, tous les après-midi ? A combien de villes rêverai-je une fois le cul posé là ?





Ah oui, sinon, j'ai une nouvelle amoureuse, elle s'appelle Lykke Li, elle est suédoise aussi. Le morceau (Little bit), la vidéo et la fille sont superbes.

Wednesday, February 13, 2008

Soleil noir

A vélo, je quitte mon quartier et me laisse porter sans effort en bas de la butte, où les bars font le guet. Après la rue des cascades, je croise le regard de la miroiterie, rue de ménilmontant, le nom d'un Paris populaire et symbolique d'une ville restée au siècle précédent. Je pédale maintenant à toute vitesse, aidée par la pente. Du vent dans les cheveux, comme dans les îles de la Baltique, comme dans les monts du Forez. De vieux arabes patientent, mon Belleville est toujours là, entre keufs et chômeurs, j'y suis bien. Sur le boulevard, je slalome entre les camionnettes de livraisons, les motos et les passants qui ignorent (ou font comme si) toujours les pistes cyclables. Au coin du père lachaise, je me laisse à nouveau porter et j'emprunte la rue du chemin vert. En face de moi , une tour que je n'ose pas nommer, quelques mètres devant moi, une fille à vélo aussi. Je suis surpris par l'absence de voitures. Soudain, le soleil se met à rayonner et à emplir l'espace de la rue, entièrement, entre les immeubles. C'est comme une immense photo à contre-jour, mes yeux se plissent mais je n'arrive pas à détacher mon regard. Je ne distingue rien, à part quelques ombres et silhouettes sur les trottoirs. J'arrête de pédaler et me laisse tomber dans l'orbite de ce soleil. La fille à vélo est dans le même état que moi, subjuguée. Nous avançons doucement, tout deux au même rythme. Je prie pour que cette lumière ne me quitte plus, je fixe cette lumière, je suis aveugle et je veux le rester, baigné dans cet halo jaune orangé, uniforme entre les lignes des bâtiments. Je freine par à-coups quand j'entends un mouvement sur le trottoir. Ces quelques minutes sont longues comme des heures, aucune photo, aucun mot ne pourra décrire cette image associée à ce sentiment de plénitude.

J'arrive boulevard voltaire quand mon frère qui s'impatiente m'appelle. J'arrive Corentin, j'arrive. Laisse-moi juste... le soleil a changé de rue.

Tuesday, February 12, 2008

In_Berlin - day one

A mon tour, Berlin est à moi seul. Arrivé dans l'après-midi, déjà à la tombée de la nuit, j'ai pris le premier train pour la ville et j'essaie de me diriger vers Prenzlauer Berg où le premier hôtel du séjour se situe, sur la Schönhauser Allee. Les premières impressions sont celles que j'attendais. Au départ de l'aéroport, quelques maisons de type banlieue nordique, toutes similaires et aux grandes baies vitrées. Nous rentrons dans l'agglomération berlinoise. La vue est hallucinante. Des immeubles spartiates à perte de vue. Nous sommes dans l'ancien Berlin-Est entre les stations OstKreuze et Alexander Plads et j'aperçois au loin des tours de la même architecture que celles qui me font face. On dirait la banlieue parisienne, avec les berlines sur les parkings, la propreté évidente et les arbres splendides entre chaque immeuble. Cela ressemble au projet que Le Corbusier avait pour Paris. L'uniformité de l'habitation pour l'égalité des habitants ? Ma première rencontre avec le communisme est surréaliste.

Je sors du train à Alexander Plads Station, un nom mythique dont j'ignore tout, de l'histoire et de sa vie. Le ticket est valable deux heures, je me permets de sortir de la gare, juste pour voir. Avant même de sortir de la porte, je vois, énorme, le pied d'un pylône en face de moi. En m'avançant, ce pied grandit jusqu'à devenir une tour de près de trois cent soixante mètres de haut, la Fernsehetur. Impressionnant. Dans la nuit qui tombe, les autres bâtiments présentent peu d'intérêt, à part deux clochers de briques rouges qui dénotent foutrement de ce mât. Je retourne attraper mon métro.

Alcatraz est une auberge de jeunesse typique, seuls les dortoirs aménagés dans ce qui ressemblent à d'anciens appartements sortent de l'ordinaire. Je croise un couple d'américains, puis deux françaises. Everything remains the same, toujours, everywhere.

Une fois installé, je m'arme de quelques euros et je m'en vais voler de bar en bar. Je descends la Schönhauser Allee vers le sud, bifurque sur la Dantziger Strasse, les rues et avenues ressemblent à s'y méprendre à celles de Copenhague, en plus bordélique et les pistes cyclables un peu plus floues. Les mêmes grandes dalles entourés de petit pavés comme colonne vertébrale des trottoirs, les mêmes immeubles d'habitation de brique rouge, avec les escaliers qui mènent au rez-de-chaussée, ou à l'inverse, descendent vers les boutiques situées dans les caves. Je continue et je tombe sans chercher sur la KulturBrauerei, ancienne brasserie construite à la fin du XIXe siècle et destinée, depuis la réunification, à un vaste complexe culturel. Une fois la porte franchie, me voilà dans une cité hors du temps, les murs, tous et intégralement rouges, nous isolent du reste de Berlin. Je ne sais absolument pas qui a créé cet endroit, bâti cet univers mais en arpentant les pavés irréguliers de la cour intérieure, j'ai une impression d'ailleurs et d'unité. Ici une discothèque, là un café, autre part un cinéma ou un théâtre. Peu de monde à cette heure, je rentre dans un bar, un groupe finit la balance sur scène et la salle est vide. Je reviendrai plus tard, l'endroit me paraît idéal pour la fin de soirée. Je sors de la brasserie et continue vers la Kollwill Platz, en fait le tour. Elle est supposée être le centre névralgique de la vie nocturne du quartier. C'est calme. Trop calme. Il doit être trop tôt. Berlinois, il est l'heure ! Sortez ! Je suis là et je vous attends !

J'arpente les rues aux alentours, les explore, je reviens sur mes pas, une fois, deux fois, j'aime déjà Prenzlauer Berg. Beaucoup de restaurants – bars aux cuisines étrangères, qui un grec, qui un italien, qui un sud-américain. Un seul paraît rempli, qui affiche en grandes lettres rouges « AMERICAN BAR ». Les plats affichés sont tex-mex. Non merci, j'en reviens à peine. Enfin, un bar sympathique et pas vide, qui annonce la retransmission de Suède – Allemagne, comptant pour l'Euro 2008 de handball. Ca me va. Je tombe sur la fin du match de la France, apparemment en roue libre depuis la qualification acquise pour les demies-finales. Quelques superbes blondes rentrent et Suède – Allemagne débute en même temps que je commence ces lignes. Je suis bien – une première pinte, puis une seconde. Comme à chaque fois que je mate ce sport, je pense à A, la seule fille ayant jamais évolué en seconde division nationale danoise et portugaise dans l'ensemble de sa carrière. Une splendide blonde, encore, semble être suédoise, au vu de ses réactions à chaque but guld og blå. C'est absolument le genre de fille que je sais m'être inaccessible, c'est pourquoi je ne sais pas quoi répondre quand elle m'adresse la parole, en suédois, lorqu'elle s'aperçoit que j'ai aussi un penchant pour l'équipe scandinave. Je pique du nez vers ma bière pour m'échapper. Enfin, je prends un café car je sais avoir besoin d'énergie et je m'éclipse du bar à la mi-temps.

Je retourne sur la KollWitz Platz et me retrouve un peu plus loin dans un bar à la musique de merde, disco des années 2000, je ne sais plus. La machine à jouer affiche un MEXICO du plus bel effet, alors je me décide pour une Corona, dont le croissant de citron est jaune, quelle faute de goût. Le bar en lui-même a peu d'intérêt, la décoration essaie tant bien que mal de ressembler à quelque chose de tropical, la seule réussite est l'épaisse couche de sable que l'on foule des pieds, partout dans le bar. Le choix de rhums et téquilas est tout de même impressionnant. J'accroche du regard un distributeur de cigarettes, je compte ma ferraille. Fumer une cigarette dans un bar est désormais à Paris un plaisir impossible et si ma consommation mensuelle a toujours été proche de l'unité, j'éprouve un réel plaisir à m'en griller une. Ce qui me gêne dans cette tendance en Europe à prohiber la cigarette, c'est son irréversibilité. Jamais plus, je ne m'en allumerai une en France (oui, il me faut des bières pour fumer, donc être dans un bar). Quand je me demande ce que je fais dans ce bar, je me décide à quitter l'endroit en en voyant le nom du sponsor en gros sur les toiles de la terrasse, je retrouve instantanément l'instinct que j'avais eu. Pall Mall, mes cigarettes d'adolescents.

Je retourne sur la Kollwill Platz, sous des trombes d'eau. Comme je suis quelqu'un de prévoyant, je n'ai que deux pulls de laine sur moi. J'avise donc ce qui ressemble à un troquet, de toute façon, les cartes et menus ne sont jamais chers à Berlin. Une Erdinger vom Fass et un plat à la carte comprenant le mot Würst me satisfaisent pleinement. J'entame la triste fin du petit enfant huître de Tim Burton, avec deux pages fantastiques sur une histoire d'amour entre une brindille et une allumette. Je pense que j'ai toujours tendance à me brûler les ailes sur ton indifférence. Je le lis très vite, les contes du recueil sont pour la plupart superbes, tous sont jolis. Cependant, il est très mal traduit (les pages de gauche sont en anglais, celles de droite en français), c'en est insupportable. Arrive mon plat, une saucisse accompagnée de patates rissolées et de quelque chose à base de chou. C'est exactement ce que j'attendais, c'est simple, c'est succulent. En partant, je demande au barman s'il connaît d'autres endroits pour continuer ma soirée en solitaire. Il me toise du regard et me sort un charabia que je ne comprends pas. OK, nevermind.

Je me dirige vers la Kulturbrauerei pour retrouver le café à la balance, l'entrée est de cinq euros, que j'allonge aussitôt, je me grille une cigarette de plus et me trouve une place au bout du comptoir. Loin de la scène, mais j'aperçois les chiffres néons au dessus de celle-ci et dont j'ai du mal à deviner la signification : 2040 2036 2037 2038. Avec la bière, un jeton en plastique en guise de caution pour le verre. Le groupe entre en scène, la chanteuse est splendide et accompagnée d'un trio classique guitare – basse – batterie. Très vite, je pense à une sorte de Yeah Yeah Yeahs ou de You say Party! We say Die! Les trois quarts d'heure du set passent vite et sans ennui, j'observe les gens et les filles depuis le bout de mon comptoir, j'apprécie le moment, même si je suis saoul et seul. A la fin du concert, je m'approche de la scène brièvement avant de repartir dans la nuit, un peu moins humide. Je perds un peu le fil de mes pas, je me retrouve plus tard dans un bar cubain où je prends une dernière bière et où je cherche les quelques mots d'espagnols que je connais. J'erre aux alentours, toujours saoul et j'ai simplement envie de parler à qui que ce soit. Sur les rails, je vole la lumière d'un tramway au vol, je suis le flot des gens, tous les bars m'apparaissent calmes et je n'ai envie que de bruit.

Je rentre finalement à l'hôtel, un peu déçu par la nuit berlinoise, moi qui rêvait de folie et de n'importe quoi. Peut-être aurait-il fallu que je force mon destin et que j'imisce de moi-même dans ces lieux. Peut-être était-il simplement trop tôt et que je n'aurais pas du me calquer au rythme danois à la première vue d'une brique rouge.

Monday, February 11, 2008

Le repos

De l'autre côté de la baie vitrée s'étendent les pentes des montagnes, séparées du chalet par une étendue plane, enneigée et large d'une centaine de mètres. De temps en temps, un skieur s'échappe de la première butte pour longer le pied de la colline, passer en boucle devant moi et finalement repartir vers le village. Aussi un couple passe, la mère portant un enfant en bas âge. Tout est calme.
Mes amis sont partis skier les pistes rouges et noires, j'étais trop faible pour les suivre. Les trois derniers jours à Paris furent difficiles, croulant sous la fièvre et c'est à bout de force que je suis arrivé ici hier, tard dans la nuit. J'avais traversé le Rhône à pied et ces quelques centaines de mètres, sous le vent, étaient bien les plus difficiles qu'il m'ait été donné de parcourir.
Mon corps tremblait de froid, sous une palanquée de couches de laines, mes dents claquaient et ma tête était aussi lourde que les matins de mes plus belles gueules de bois. J'ai eu tellement peur de la nuit à dormir, peur d'avoir froid, peur de suffoquer, que quatre couvertures suffisaient à peine à me rassurer à l'instant de me coucher.

Je suis là, seul et j'attends. Tout est calme. Peu de choix dans la musique mais un disque d'un chanteur juif nommé Itzac Perlman attire mon attention. Les notes remplissent vite la pièce. Malgré tout le folklore de la musique juive, la guitare et la voix du type suffisent à montrer la pleine puissance d'un songwriter inconnu. Dans cette bulle de morceau, je fais face à la montagne, blanche, le feu crépite et les flammes qui me lèchent me réchauffent le corps, encore engourdi par la fatigue et la maladie. Je tremble encore mais je sais que cette après-midi sera celle du retour au monde. Contemplatif, le décor me rappelle le film vu à l'aube de cette grippe, into the wild, et la solitude de Christopher McCandless dans son bus magique, entouré de toute la nature et je me dis qu'il est difficile de trouver mieux pour se sentir vivre. Le feu et la musique me baignent toujours dans un confort que le héros du film n'a pas connu une minute en Alaska mais je ne peux que m'identifier à lui à cet instant. La relation de l'homme à la nature est le sujet principal du film, bien plus que le voyage ou les rencontres et je suis en plein dedans. Je quitte Paris malade et je me soigne face à la montagne, seul. Les symboles ont la vie dure.

I think I need to find a bigger place
Because when you have more than you think
You need more space